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La dermatite par allergie aux piqures de puces chez le chien





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La dermatite par allergie aux piqûres de puces chez le chien

 

   Les puces constituent sans nul doute les ectoparasites les plus fréquemment observés chez le chien. Les 2 principales espèces rencontrées en France sont Ctenocephalides felis et C. canis. La première étant de loin la plus fréquemment isolée, aussi bien chez le chien que chez le chat. Ctenocephalides canis est retrouvé principalement sur les chiens qui vivent à l’extérieur. De plus, chez le chien, on a montré que plus on montait en altitude, plus la proportion de C. felis diminuait, et celle de C. canis augmentait.

Photo 1: Puce appartenant à l'espèce Ctenocephalides felis


  D’autres espèces de puces, telles que Pulex irritans, Archaeopsylla erinacei, Echidnophaga gallinacea et Spilopsyllus cuniculi sont parfois observées chez le chien ou le chat. Ces espèces sont habituellement et respectivement retrouvées chez l’homme, le hérisson, les oiseaux et le lapin.


   Les puces du genre Ctenocephalides sont par ailleurs des hôtes intermédiaires de Dipylidium caninum, qui est un vers parasite de l’intestin grêle du chien et du chat. Le carnivore s’infeste en avalant les puces parasitées. Cette infestation peut provoquer un prurit anal, un engorgement des sacs anaux, ainsi qu’une dermatite de la région périnéale.

Photo 2: Segment de Dipylidium caninum


    Ctenocephalides felis est un parasite peu spécifique. On va donc le retrouver chez de nombreuses espèces de mammifères. Elle peut même venir piquer l’homme, chez qui elle entraîne alors l’apparition de boutons principalement localisés sur les jambes, les chevilles, le tronc, la ceinture voire les bras. Ctenocephalides felis est responsable des invasions qui ont lieu dans des habitations restées abandonnées après avoir hébergé un ou plusieurs carnivores domestiques. En effet, les vibrations du sol, liées notamment aux habitants qui rentrent chez eux, ou l’augmentation de température, lié au chauffage de l’habitation, est à l’origine de la sortie des jeunes adultes de leur cocon. Ils vont alors piquer les animaux présents et l’homme.

Photo 3: Tête de Ctenocephalides felis


   Il a été montré qu’un chien s’infeste facilement s’il réside dans un lieu où séjournent des animaux fortement infestés, par contre la transmission est faible lors d’un contact bref comme c’est le cas lors d'une promenade dans un parc ou sur un trottoir.


   Ctenocephalides canis présente un plus grande spécificité pour son hôte qui est le chien.

Biologie de Ctenocephalides felis
    Contrairement à ce que l’on pensait il y a encore peu, il s’agit d'un parasite qui vit en permanence sur son  hôte, sans pratiquement jamais le quitter, puisqu’il meurt quelques jours seulement après l’avoir délaissé.


   Quand une puce repère un hôte, elle saute dessus, et commence presque immédiatement à se nourrir de son sang. Des déjections sont observées 8 à 9 minutes après. La rapidité d’initiation du repas sanguin explique que les insecticides actuellement disponibles ne puissent pas tuer toutes les puces avant qu’elles aient commencé à se nourrir. Cela a une importance non négligeable dans le déclenchement et l’entretien de la dermatite par allergie aux piqûres de puces. Elles s’accouplent dans les premières 8 à 48 heures suivant l’acquisition par l’hôte, après leur premier repas sanguin. Les femelles commencent ainsi à pondre 24 à 48 heures après ce premier repas sanguin. Il convient donc d’utiliser un insecticide efficace avant ce laps de temps. Elles produisent ainsi jusqu'à 46 œufs par jour, et cela pendant toute la durée de leur vie. Sur des animaux dont on ne limite pas le toilettage, elles produisent une moyenne d’environ 1350 œufs pendant leurs 50 premiers jours sur l’hôte. Cela représente une ponte journalière équivalente à leur propre poids ! Pour produire une telle masse d’œufs, les femelles doivent donc ingérer des quantités très importantes de sang, soit plus de 15 fois leur poids. Ainsi, les femelles consomment une quantité de sang supérieure à celle des mâles. Celui-ci est excrété sous une forme presque inchangée dans les selles. Ces excréments abondants deviennent un composant essentiel de la nourriture des larves. Tout comme les œufs, ils tombent facilement dans l’environnement, et plus particulièrement sur les lieux de couchage. La réduction des fécès, mais aussi des stades immatures, dans l’environnement permet de diminuer les futures populations de puces. Cela peut être réalisé en lavant ou en aspirant les zones où les animaux passent la plupart de leur temps, en particulier leurs lieux de couchage et de repos.

Photo 4 : Déjection de puce

   Les œufs ne sont pas collants, ils tombent donc facilement du pelage, où ils sont soumis à une plus grande variation de température et d’humidité. Celles-ci feront varier la durée du cycle parasitaire. Ainsi, à 24°C et à une humidité relative de 78 %, l’intervalle entre la ponte et l’émergence des adultes est en moyenne de 17 à 22 jours pour les femelles, et 20 à 26 jours pour les mâles. Il peut néanmoins se prolonger jusqu'à 174 jours. Après 1 à 6 jours, les œufs éclosent. Il en sort des larves qui partent à la recherche de nourriture dans le milieu ambiant local. Le stade larvaire dure généralement de 5 à 11 jours, mais il peut atteindre 3 semaines en fonction de la présence de nourriture et des conditions climatiques. Ces larves se nourrissent de sang, mais aussi de débris organiques. Elles évitent la lumière, on parle alors de phototropisme négatif, et elles ont tendance à s’orienter vers le sol, c’est ce que l’on appelle un géotropisme positif. On les retrouve donc plus communément dans les fissures, dans les profondeurs des tapis voire sous les débris organiques tels que les feuilles ou les branches. Ces larves sont très sensibles à la chaleur et à la dessiccation, ce qui explique en partie que l’on ait moins de chances de les retrouver à l’extérieur des habitations. Puis après 2 mues, elles produisent un cocon soyeux dans lequel elles se transforment en nymphe. Ces cocons collants, blanchâtres et mesurant près de 0,5 mm de long, peuvent être trouvés dans le sol, la végétation, les tapis, sous les meubles et sur les lieux de couchage des animaux. Par la suite, les nymphes vont muées en adulte pré-émergé. Si l’adulte pré-émergé ne reçoit pas de stimuli adéquats, il peut rester quiescent dans le cocon pendant plusieurs semaines jusqu'à ce qu’un hôte potentiel passe à proximité. Les adultes pré-émergés peuvent ainsi survivre jusqu'à 140 jours dans le cocon, s’ils sont préservés de la dessiccation. Les nymphes et les adultes pré-émergés ne sont pas sensibles à la plupart des méthodes de lutte. Ils peuvent donc survivre au programme de traitement de l’environnement, pour émerger ultérieurement, après plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Ce phénomène a été désigné sous le terme de « fenêtre pupale ». Des stimuli tels que la pression mécanique, les vibrations, et la chaleur provoquent l’émergence des adultes pré-émergés. Une fois l’adulte sorti de son cocon, il recherche quasi instantanément un hôte. Ils sont attirés vers les animaux domestiques par divers stimuli qu’ils émettent, à savoir la chaleur corporelle, les mouvements et l’exhalation de dioxyde de carbone. La puce nouvellement émergée présente un phototropisme positif et un géotropisme négatif, ce qui accroît les chances de rencontre d’un hôte. Elle peut survivre plusieurs jours avant de devoir prendre un repas de sang.

Signes cliniques
   On distingue 2 types de dermatoses liées aux puces, à savoir la pulicose et la dermatite par allergie aux piqûres de puces. Si dans les 2 cas, la dermatose résulte d’une infestation plus ou moins importante par des puces, ce n’est que dans la seconde qu’un phénomène allergique est associé.

Pulicose

   Contrairement à l'idée généralement reçue, lors de pulicose, l’infestation peut être massive, mais le prurit est souvent modéré. Des boutons et quelques  squames sont notées, principalement sur les régions dorso-lombaire, périnéale et sur les cuisses. Une perte de poils secondaire au prurit est parfois présente.

Dermatite par allergie aux piqûres de puces

   Il s’agit de la cause la plus fréquente de prurit chez le chien. En France, chez le chien adulte, elle représente ainsi près de la moitié des dermatoses prurigineuses.

Photo 5: DAPP chez un Akita inu


   En France, les races chow-chow, Labrit, Setter, Fox terrier, Pekinois et Epagneul breton seraient prédisposées. La race berger allemand est souvent considérée comme une race plus sensible à la DAPP. En fait, cela ne reflète que la fréquence de cette race dans la population canine. Les lésions apparaissent chez de jeunes adultes, rarement avant l’âge d’un an. Elle peut toutefois survenir plus tardivement et dans ce cas, les symptômes sont plus sévères. L’existence d’un chat sous le même toit, constitue un facteur de risque important de récidives, même si celui-ci est correctement traité.

Photo 6: DAPP chez un Chow-chow


   Près de 80 % des chiens qui présentent une DAPP, ont également une dermatite atopique. Réciproquement, 2 chiens atopiques sur 3 présentent une DAPP. Il est donc probable que les chiens atopiques soient prédisposés au développement d’une allergie aux piqûres de puces et que l’infestation par celles-ci soit un facteur déclenchant d’une dermatite atopique. Cela justifie de la nécessité d’un contrôle antipuce draconien chez les chiens atopiques, ou appartenant à des races à risque, et de la recherche d’une allergie aux aéroallergènes chez les chiens atteint de DAPP. De plus, la DAPP est probablement la principale cause de réapparition du prurit chez les chiens atopiques désensibilisés.

Photo 7 : Manifestations dorsolombaires de DAPP


   Le prurit constant peut parfois être très violent et il se localise essentiellement à la région dorso-lombaire. Les lésions cutanées sont caractérisées par des rougeurs et des boutons. Chez les animaux à pelage clair, une coloration jaunâtre des poils, due au léchage, est fréquente. Des lésions secondaires tels que des croûtes ou une hyperpigmentation apparaissent progressivement. Lors d’un mauvais contrôle thérapeutique, des complications infectieuses apparaissent. On peut alors observer l’apparition d’une infection cutanée superficielle qui va venir aggraver le prurit. En l’absence de traitement, elle évoluera vers une infection cutanée profonde parfois gravissime. Chez certains chiens, la DAPP peut se manifester sous la forme de nodules fibreux prurigineux, multiples de 0,5 à 2 cm, en région dorsale.

Photo 8: Infection profonde lros de DAPP

 

Diagnostic
   Même s'il s'agit d'une dermatose très commune, son diagnostic de certitude est souvent difficile à obtenir. Par contre, il est assez facile d'avoir une forte suspicion.

   Chez le chien, le diagnostic de DAPP repose sur l’existence de signes cliniques et de données épidémiologiques compatibles, sur la mise en évidence de puces ou de leur déjection sur l'animal, sur la mise en évidence d’une hypersensibilité par des examens allergologiques ou encore la réponse à une élimination des puces. Même si dans la majorité des cas la DAPP se manifeste par une atteinte dorsolombaire, tout chien présentant une dermatose dorsolombaire n'a pas forcément une DAPP et c'est alors au vétérinaire de faire la part des choses, en éliminant notamment d'autres dermatoses comme une cheylétiellose, une phtiriose ou encore une adénite sébacée.

   La confirmation de l’infestation de l’animal par des puces n’est pas toujours aisée. En effet, l’isolement des puces ou de leurs déjections est souvent impossible. Cela s'explique notamment par le fait que ces animaux allergiques se mordillent, et se lèchent plus efficacement que les autres, éliminant ainsi une plus grande part des puces présentes sur leur corps. En conséquence, ce n'est pas parce qu'un animal n'a ni puce ni déjection visible sur son corps, qu'il faut écarter une DAPP.


Photo 9: Déjections de puces


    L’existence d’anneaux de Dipilidium caninum aux marges de l’anus, voire dans l’environnement, est souvent un signe d’infestation par des puces.

Traitement de la DAPP

Le traitement étiologique : La lutte contre les puces

    Le nombre d’insecticides s’est progressivement développé ces dernières décennies. On a ainsi vu apparaître de nouvelles molécules, mais aussi de nouvelles formulations facilitant de plus en plus les traitements antipuces. La molécule employée est choisie en fonction de son mode d’action, de son efficacité, mais aussi de sa toxicité, aussi bien pour l’animal que pour ses propriétaires.


    Si des résistances aux insecticides sont décrites pour la plupart des molécules, les échecs sont néanmoins plutôt liés à l’usage inadéquat de la molécule, ou à une mauvaise gestion antipuces, notamment l’absence de contrôle des congénères et/ou de l’environnement ou encore le non respect du nombre de pressions recommandé par le laboratoire.


    Quelle que soit la situation, on ne négligera pas les mesures mécaniques de traitement de l’environnement. A l’intérieur, on réalisera donc préalablement à tout traitement, un bon nettoyage de la maison, avec notamment passage de l’aspirateur, lavage des zones de couchage des animaux. Le passage fréquent de l’aspirateur permet d’éliminer 15 à 20 % des larves, et 32 à 59 % des œufs. A l’extérieur, on nettoiera ou détruira les niches écologiques où les animaux passent suffisamment de temps pour que les œufs, ou les déjections qui servent de nourriture aux larves, soit déposés.

   Le traitement puis la prévention antipuces doit prendre en compte le chien concerné, mais aussi ses congénères et l'environnement. Le traitement à mettre en place chez un chien vivant seul en appartement n'est pas le même que celui qui vit en pavillon avec 2 chats.

   Contrairement à une idée fortement admise, un chien vivant en appartement peut tout à fait avoir des puces et au moins se faire piquer par des puces de manière plus ou moins régulière. Par expérience, ce sont souvent les animaux le plus fortement infesté du fait de cette fausse croyance.

Photo 10: Puce au coeur des lésions


Le traitement symptomatique 

   Le traitement de la DAPP ne passe pas uniquement par l’élimination des puces. En effet, il faut souvent associer un traitement symptomatique antiprurigineux car celui-ci est bien souvent très violent. On emploie plus communément des dérivés de la cortisone appelés corticoïdes qui procurent une amélioration rapide. Ce traitement est généralement de courte durée et sous couvert qu'il n'y ait pas de contre-indication à leur utilisation.

La gestion des complications infectieuses

    Celles-ci sont fréquentes et généralement dues à des bactéries ou à des levures. Ces complications doivent donc également être gérées lorsqu’elles sont présentes. On associe alors des antibiotiques et/ou des antifongiques administrés par voie orale, à des topiques antiseptiques. On prendra toujours soin de respecter les recommandations des laboratoires concernant l’intervalle de temps entre leur application et celle de l’insecticide.

 









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Publié le: 2006-06-29 (28936 lectures)

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